Shrinkflation : comparaison entre la France et l’Autriche
La réduflation, ou « shrinkflation », est de plus en plus encadrée à l’échelle européenne. Après l’obligation d’information imposée aux distributeurs en France depuis le 1er juillet 2024, l’Autriche renforce à son tour la transparence avec l’adoption de « l’Anti-Mogelpackungs-Gesetz » (loi contre les emballages trompeurs), applicable depuis le 1er avril 2026.
Cette analyse comparative des dispositifs français et autrichien a été préparée en collaboration avec le cabinet autrichien bpv Hügel, membre du DLN – Distribution Law Network, dont fait également partie Loi & Stratégies.
Le principe commun : informer le consommateur en cas de réduction de quantité
Dans les deux pays, la « shrinkflation » désigne la pratique commerciale par laquelle le prix d’un produit augmente, ou reste identique, alors que la quantité vendue diminue.
En France, depuis le 1er juillet 2024, les distributeurs doivent informer les consommateurs lorsque la quantité d’un produit a diminué alors qu’il est vendu au même prix, ou à un prix supérieur. La mention suivante doit figurer sur le produit : « Pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y (poids ou volume) / unités, et son prix au [unité de mesure concernée] a augmenté de … % ou de … €. »
En Autriche, la nouvelle loi impose aux distributeurs concernés d’indiquer clairement lorsque la quantité nette d’un produit a été réduite, et lorsque la présentation du produit est susceptible d’induire le consommateur en erreur en lui laissant croire que la quantité contenue dans l’emballage reste inchangée.
Les points communs entre les deux dispositifs
Champ d’application. Les deux législations visent les distributeurs à prédominance alimentaire disposant d’une surface de vente d’au moins 400 m². Sont concernés les produits de grande consommation préemballés soumis à l’obligation d’affichage du prix à l’unité, dès lors que deux conditions sont réunies : une réduction de la quantité et une augmentation du prix unitaire. Le commerce en ligne est exclu du champ d’application dans les deux pays.
Durée de l’obligation d’affichage. L’information doit être maintenue pendant deux mois en France, contre 60 jours en Autriche — des durées quasiment équivalentes.
Responsable de l’obligation. Dans les deux systèmes, c’est le distributeur qui est seul responsable du respect de cette obligation d’information. Toutefois, au sein de la relation commerciale, les fournisseurs doivent informer les distributeurs de tout changement affectant leurs produits (quantité, composition), avec un délai de prévenance suffisant.
Modalités de l’information. L’information doit être clairement visible, lisible et facilement compréhensible, par l’apposition d’étiquettes directement sur le produit, en rayon, ou à proximité immédiate.
Les différences entre les deux dispositifs
Champ d’application élargi en Autriche. La loi autrichienne s’applique également aux distributeurs alimentaires et aux drogueries, quelle que soit leur surface de vente, dès lors qu’ils appartiennent à une enseigne comptant au moins cinq points de vente.
La formulation de la mention. En France : « Pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y, et son prix au … a augmenté de … % ou de … € ». En Autriche : « Attention : contenu réduit – prix plus élevé » (« Warnung: reduzierter Inhalt – höherer Preis »).
Les sanctions. Des amendes sont prévues dans les deux pays, mais selon des modalités de calcul différentes. En France, la DGCCRF peut également recourir à ses pouvoirs d’injonction et de publicité des sanctions ; le non-respect de l’obligation peut donner lieu à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale. En Autriche, avant toute sanction, les distributeurs doivent d’abord être formellement mis en demeure de se conformer à la loi ; ils ne seront pas sanctionnés s’ils démontrent ne pas avoir été informés de la réduction de quantité par leurs fournisseurs. Les autorités administratives autrichiennes peuvent prononcer des amendes allant jusqu’à 2 500 € par produit, dans la limite de 10 000 €, portées en cas de récidive jusqu’à 3 750 € par produit, dans la limite de 15 000 €.
Les points de vigilance pour les opérateurs
Ces règles supposent une coopération étroite et transparente entre fournisseurs et distributeurs pour assurer la bonne mise en œuvre de l’obligation d’information. Il est donc recommandé aux parties de convenir de modalités d’application équilibrées, afin d’éviter des contraintes excessives pour l’une ou l’autre partie. Une attention particulière devra également être portée à la rédaction des clauses de responsabilité dans les contrats entre fournisseurs et distributeurs, ces clauses étant susceptibles d’être invoquées dans ce contexte.